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Quand le stress s’installe : ses effets sur notre corps et notre esprit
Sommeil, concentration, digestion, tensions, humeur… Que se passe-t-il lorsque le stress devient trop intense ou s’installe durablement ?
Le stress n’est pas, en soi, quelque chose de négatif : c’est une réponse naturelle de notre organisme face à une difficulté, une menace ou une situation qui nous demande de nous adapter.
À petite dose et pendant une période limitée, il nous est utile car il mobilise notre attention et décuple notre énergie. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle ainsi qu’un certain niveau de stress fait partie de la vie normale et peut nous aider à faire face aux situations quotidiennes. Le problème apparaît lorsque le stress devient trop intense, trop fréquent ou qu’il s’installe durablement.
Que se passe-t-il dans notre organisme ?
Face à une situation stressante, notre cerveau mobilise plusieurs systèmes, notamment le système nerveux autonome et l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Le rythme cardiaque peut s’accélérer, la respiration se modifier, les muscles se tendre et différentes hormones liées à la réponse au stress sont libérées.
Cette réaction est parfaitement adaptée lorsque nous devons faire face ponctuellement à une difficulté.
Cependant lorsque ces mécanismes sont sollicités de façon répétée, notre organisme cherche continuellement à s’adapter. Les chercheurs utilisent le concept de charge allostatique pour décrire les conséquences cumulatives de cette adaptation répétée au stress. Les travaux sur la charge allostatique montrent également que ses effets varient beaucoup d’une personne à l’autre selon l’âge, le contexte, le type de stress et les capacités de récupération.
Le stress peut perturber le sommeil
C’est probablement l’un de ses effets les plus faciles à reconnaître.
On se couche fatigué mais l’esprit continue à fonctionner, les ruminations s’installent. Réveils nocturnes et/ou réveils matinaux perturbent nos nuits.
L’OMS cite d’ailleurs les difficultés de sommeil parmi les manifestations fréquentes du stress.
Et la relation fonctionne dans les deux sens : moins bien dormir peut également modifier notre capacité à faire face aux événements stressants.
Il peut affecter notre concentration et notre mémoire
Vous l’avez peut-être déjà constaté : lorsque vous êtes très stressé, quelque chose de pourtant simple peut soudain devenir étonnamment difficile.
On relit plusieurs fois la même phrase. On oublie ce que l’on était venu chercher. Il devient plus difficile de prendre une décision ou de passer rapidement d’une tâche à une autre.
Une revue publiée en 2024 dans Neurobiology of Stress examine précisément les effets du stress chronique sur plusieurs fonctions cognitives. Les auteurs mettent notamment en évidence des effets sur la mémoire de travail, la flexibilité cognitive et le contrôle des comportements, tout en soulignant que la réaction varie selon les individus et les circonstances.
L’OMS mentionne elle aussi les difficultés de concentration parmi les manifestations fréquentes du stress.
Ce n’est donc pas que nous devenons soudain moins capables : une partie de nos ressources mentales est mobilisée par ailleurs.
Le stress sollicite notre système cardiovasculaire
Lorsque nous faisons face à un stress aigu, l’accélération du rythme cardiaque et les variations de pression artérielle font partie de la réponse normale de l’organisme.
Le problème peut apparaître lorsque cette activation devient répétitive.
Dans une importante revue publiée en 2024 dans Nature Reviews Cardiology, Viola Vaccarino et J. Douglas Bremner décrivent plusieurs mécanismes susceptibles de relier le stress psychologique aux maladies cardiovasculaires : modifications du fonctionnement du système nerveux autonome, effets hémodynamiques, vasculaires et immunitaires. Les auteurs soulignent néanmoins que les effets sont variables selon les personnes et que tous les liens de causalité ne sont pas encore complètement établis.
Des travaux antérieurs regroupant de grandes cohortes avaient également observé une augmentation modérée du risque cardiovasculaire associé à différentes formes de stress psychosocial, tout en rappelant que ce risque reste généralement inférieur à celui de facteurs majeurs tels que le tabac, l’hypertension ou l’obésité.
Il serait donc excessif de dire simplement : « le stress provoque des maladies cardiaques », mais il est avéré que le stress chronique fait bien partie des facteurs étudiés en santé cardiovasculaire.
Il influence notre système immunitaire
Le système nerveux, les hormones et notre système immunitaire communiquent constamment.
Une revue publiée en 2024 dans le Journal of Clinical Medicine rappelle que stress aigu et stress chronique n’ont pas les mêmes effets : un stress bref peut mobiliser temporairement certaines fonctions immunitaires, alors qu’un stress prolongé peut dérégler leur fonctionnement. Les deux grandes voies impliquées sont notamment l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et le système nerveux sympathique.
Une autre revue récente décrit également l’inflammation comme l’un des mécanismes étudiés pour comprendre les liens entre stress chronique et différentes pathologies.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une infection, une maladie inflammatoire ou une maladie auto-immune serait simplement « causée par le stress ». Le fonctionnement du système immunitaire dépend de très nombreux facteurs.
Notre ventre n’est pas épargné
« Avoir la boule au ventre », « avoir l’estomac noué » : ces expressions ont une véritable base physiologique.
Le cerveau et le système digestif entretiennent une communication permanente à travers ce que l’on appelle l’axe cerveau-intestin.
Une revue publiée en 2024 décrit les interactions entre stress, inflammation, barrière intestinale, microbiote et communication cerveau-intestin. Une grande partie des mécanismes fins reste encore à préciser, notamment parce que de nombreuses études sont réalisées chez l’animal, mais les interactions entre stress et système digestif sont aujourd’hui largement étudiées.
Une autre synthèse centrée davantage sur les études humaines considère le stress psychologique chronique comme un facteur pouvant contribuer au déclenchement ou à l’intensité de certains troubles digestifs, notamment par l’intermédiaire de l’axe cerveau-intestin-microbiote.
C’est une des raisons pour lesquelles certaines personnes ressentent très rapidement leur stress au niveau du ventre.
Notre corps peut devenir plus tendu
Épaules relevées, nuque raide, mâchoires serrées, respiration plus courte ou plus haute…
La réaction de stress prépare également notre corps à agir. Si cet état se prolonge, nous pouvons conserver des tensions dont nous ne sommes parfois même plus conscients, ou développer des pathologies de type tendinites par exemple.
Il peut alors se former une petite boucle : nous sommes stressés, notre corps se tend ; nous sentons notre corps tendu, ce qui entretient à son tour notre impression d’être sous pression.
Le stress agit aussi sur notre humeur
Irritabilité, inquiétude, sentiment d’être débordé, difficulté à prendre du recul…
L’OMS rappelle que trop de stress peut affecter aussi bien la santé mentale que la santé physique et cite notamment l’anxiété et l’irritabilité parmi ses manifestations fréquentes.
Les mécanismes biologiques qui relient stress chronique, anxiété et dépression font également l’objet de nombreuses recherches. Une revue publiée en 2024 décrit notamment le rôle possible de la dérégulation de l’axe du stress, de l’inflammation et de différents systèmes de neurotransmission.
Le stress peut aussi avoir des effets indirects : lorsque nous sommes débordés, nous pouvons moins bien dormir, réduire notre activité physique, modifier notre alimentation ou adopter plus facilement certains comportements qui ne nous aident pas à récupérer.
Ce que je trouve important à retenir
La recherche montre que le stress implique simultanément notre cerveau, notre système nerveux, notre sommeil, nos fonctions cognitives, notre système cardiovasculaire, notre immunité et notre système digestif.
L’enjeu est de reconnaître lorsque notre organisme reste trop longtemps en état d’alerte et de lui permettre de retrouver régulièrement des périodes de récupération.
En sophrologie, nous travaillons notamment sur la respiration, le relâchement des tensions, l’attention portée aux sensations corporelles et la capacité à retrouver volontairement des moments de calme.
Il ne s’agit pas de faire disparaître toutes les difficultés de la vie mais d’aider notre organisme, corps et esprit, à comprendre qu’il n’a pas besoin de rester en permanence en état d’alerte et qu’il dispose d’outils pour repérer les tensions, les atténuer, relativiser leurs causes, renouer avec une vie plus confortable.
Sources scientifiques
Organisation mondiale de la Santé, Stress, Questions & réponses, mise à jour du 30 mars 2026. L’OMS décrit le stress comme une réaction humaine naturelle et détaille ses manifestations physiques et psychologiques les plus fréquentes. Consulter la source sur le site de l’OMS
Vaccarino V., Bremner J.D., Stress and cardiovascular disease: an update, Nature Reviews Cardiology, 2024, 21:603–616. Revue de référence sur les mécanismes cardiovasculaires associés au stress psychologique. Consulter la source sur PubMed
Girotti M., Bulin S.E., Carreno F.R., Effects of chronic stress on cognitive function – From neurobiology to intervention, Neurobiology of Stress, 2024. Revue consacrée notamment à la mémoire de travail, la flexibilité cognitive et aux fonctions exécutives. Consulter la source sur PubMed
Alotiby A., Immunology of Stress: A Review Article, Journal of Clinical Medicine, 2024. Revue des relations entre stress, axe HPA, système nerveux sympathique et réponse immunitaire. Consulter la source sur PubMed
Morys J., Małecki A., Nowacka-Chmielewska M., Stress and the gut-brain axis: an inflammatory perspective, Frontiers in Molecular Neuroscience, 2024. Revue des mécanismes reliant stress, inflammation et axe cerveau-intestin. Consulter la source sur PubMed