Sophie Bernadet Sophrologue · Paris 16

À lire

« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. »

· Sophie Bernadet

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann, « Combray », 1913)

Les ancrages en sophrologie : quand un geste, un mot ou une sensation nous ramène à nos ressources.

Vous avez probablement déjà fait l’expérience d’un ancrage, sans nécessairement lui donner ce nom : une odeur qui vous ramène instantanément dans un lieu, quelques notes de musique qui réveillent une époque, un geste familier qui rassure.

Notre cerveau associe naturellement des sensations, des émotions ou des pensées, autrement dit des états internes, à des odeurs, des lieux, des saveurs ou d’autres stimuli externes.

Un ancrage célèbre en littérature est celui de la madeleine de Proust : une sensation gustative fait soudain ressurgir tout un univers de souvenirs.

Ces ancrages sont involontaires.

Mais il est également possible d’en créer volontairement, avec l’idée de retrouver plus facilement un état interne recherché : calme, énergie, confiance, concentration, optimisme…

Les routines des sportifs

Le sport de haut niveau offre des exemples particulièrement intéressants.

Regardez un sportif juste avant un geste décisif : un joueur de tennis avant de servir, des joueurs de football au moment d’entrer sur le terrain, un rugbyman avant de tenter une transformation…

Très souvent, quelque chose se répète.

Michael Jordan avait ainsi une routine particulière avant ses lancers francs : positionnement, manipulation du ballon, trois rebonds, regard vers le panier, puis tir.

Rafael Nadal en offre une version devenue presque célèbre : placement minutieux de ses bouteilles, gestes répétés avant le service, ajustements presque immuables…

La recherche scientifique s’intéresse aux routines de pré-performance chez les sportifs. Elles sont généralement définies comme un ensemble de pensées et d’actions reproduites de manière relativement systématique avant l’exécution d’un geste.

Pourquoi les sportifs utilisent-ils autant les routines ?

Parce qu’en compétition, le problème n’est pas toujours de savoir faire, mais de parvenir à retrouver son geste et ses ressources lorsque la pression augmente.

Un champion de tennis sait servir. Un basketteur professionnel sait tirer. Un rugbyman sait frapper le ballon.

Pourtant, le contexte change : enjeu, public, fatigue, score, tension.

Une méta-analyse publiée dans l’International Review of Sport and Exercise Psychology a regroupé 112 mesures d’effet issues d’études sur les routines de pré-performance. Les résultats soutiennent leur intérêt pour la performance, y compris dans des situations sous pression.

Une synthèse plus récente de 29 études qualitatives sur la performance sous pression retrouve également, parmi les stratégies utilisées par les sportifs, les routines, mais aussi la visualisation, le dialogue intérieur et la fixation d’objectifs.

La recherche porte ici sur les routines de performance en psychologie du sport, et non spécifiquement sur les « ancrages » tels qu’ils sont pratiqués en sophrologie.

La comparaison me paraît néanmoins intéressante.

Une superstition, une routine sportive et un ancrage sophrologique ne sont pas exactement la même chose. Mais ils peuvent avoir en commun le fait d’utiliser un geste ou une séquence familière comme point de repère dans une situation particulière.

L’ancrage en sophrologie

En sophrologie, l’ancrage consiste à associer volontairement un geste, un mot, une respiration ou une odeur à un état que l’on souhaite pouvoir retrouver plus facilement : calme, confiance, concentration, énergie…

Nous sommes assez proches, dans l’idée, du sportif qui répète un geste précis avant une situation importante afin de retrouver un état familier de concentration, de calme ou de disponibilité.

En sophrologie, je peux vous apprendre à associer un geste à un état interne

Je peux, par exemple, vous inviter par la visualisation à revivre une expérience associée à l’état interne que vous recherchez : calme, confiance, énergie…

Lorsque cet état est suffisamment présent, je vous invite à lui associer un geste discret et précis, comme joindre le pouce et l’index.

L’exercice est ensuite répété.

Progressivement, ce geste peut devenir un repère.

Si l’objectif de votre ancrage est, par exemple, de retrouver plus facilement un état de calme, vous pourrez utiliser ce geste avant un rendez-vous important, dans une salle d’attente, avant de prendre la parole ou dans une situation où vous sentez la tension augmenter.

Ce n’est évidemment pas le geste qui possède un pouvoir particulier.

C’est l’expérience que nous lui avons progressivement associée.

Quelques références scientifiques

Rupprecht A. G. O., Tran U. S., Gröpel P., The effectiveness of pre-performance routines in sports: a meta-analysis, International Review of Sport and Exercise Psychology, 2024. Consulter l’étude

Hufton J. R. et al., How do athletes perform well under pressure? A meta-study, International Review of Sport and Exercise Psychology, 2026. Consulter l’étude

Reinebo G. et al., Effects of Psychological Interventions to Enhance Athletic Performance: A Systematic Review and Meta-Analysis, Sports Medicine, 2024. Consulter l’étude sur PubMed

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